Il était une fois, à l'époque des anciens royaumes, un conseil qui réunissait 7 fées. Il s'agissait des 7 dernières fées de la planète, les autres ayant peu à peu abandonné cette profession exigeante et ingrate. Car n'allez pas croire que la vie d'une fée est facile ! Il faut beaucoup de dévouement ou une bonne dose d'inconscience pour exercer ce métier. Les fées étaient sollicitées sans cesse pour être marraine des nouveaux nés et les doter des dons particuliers ; celui-ci serait doué en musique, celui-là serait fort comme un lion, cet autre excellerait en mathématique, etc. Puis tout au long de leur vie, les gens les appelaient pour solutionner leurs petits problèmes, des broutilles le plus souvent, mais qui prenaient pour eux des proportions énormes tant l'esprit humain est souvent étriqué. Elles ne comptaient plus le nombre de fois où on leur demandait de corriger une petite imperfection physique ou de retrouver un chat égaré ! Comme si elles n'avaient que ça à faire ! Et puis, les temps changeaient. Maintenant les gens exigeaient des résultats : si une personne n'était pas satisfaite de l'intervention d'une fée, elle n'hésitait pas à lui faire un procès pour obtenir réparation ! Et il est bien connu que les fées aiment faire des farces ! Les procès étaient donc devenus de plus en plus nombreux au point de décourager les vocations.

 

 

Sept fées résistaient encore. Il y avait :

La fée Line, qui était agile et rusée ;

La fée Nomène, connue pour ses extravagances ;

La fée Brile, qui ne tenait pas en place ;

La fée Lure, un peu dérangée du cerveau ;

La fée Rocité, au ton mordant ;

La fée Lonie, pas toujours très loyale ;

La fée Licité qui respirait la joie de vivre.

Toutes ces fées avaient énormément de travail - et plusieurs procès en cours - mais elles aimaient leur métier chacune pour des raisons différentes et n'avaient pas l'intention d'arrêter :

Line aimait faire marcher son esprit et trouver des solutions aux problèmes qu'on lui soumettait ;

Nomène adorait imaginer des solutions originales (et pas toujours appréciées de tous) ;

Brile appréciait de se sentir utile et courait d'une mission à l'autre ;

Lure continuait le métier par pure inconscience et au désespoir de tout le monde ;

Rocité en profitait pour assouvir sa méchanceté en faisant des tours pendables à chacun ;

Lonie aimait ourdir des complots pour satisfaire les ambitions de certains ;

Licité essayait d'oeuvrer pour le bonheur de tous.

 

Pour plus d'efficacité, les sept fées avaient décidé de ne plus répondre de façon individuelle aux requêtes de la population. Chaque personne ayant un souhait devait en faire part au conseil puis les fées se répartissaient le travail entre elles. Evidemment, le résultat dépendait aussi de la fée qui prenait en charge le dossier et tous les clients croisaient les doigts pour que ce ne soit pas la fée Lure qui s'occupe de leur cas ou la fée Rocité dans un de ces mauvais jours (qui étaient fort nombreux). Ce système avait au moins le mérite de limiter les demandes, les gens attendant d'être vraiment désespérés avant d'envisager le recours à une fée !

 

 

Cependant, il existait un prince cruel et ambitieux, le terrible Faro qui avait une soif de pouvoir tel qu'il se décida à faire une requète auprès du conseil : " je veux devenir le plus grand souverain de tous les temps" était-il inscrit sur sa feuille. La fée Nomène à qui le dossier fut confié, trouva que ce personnage ne manquait pas d'air ! Elle avait des cas bien plus graves à solutionner, comme le cas d'un petit garçon très malade qui voulait toucher les nuages, et n'avait pas de temps à accorder à d'horribles personnages comme le prince Faro. Elle décida de lui donner une petite leçon : elle alla lui rendre visite et d'une simple formule magique, elle en fit le souverain le plus grand du monde mais à sa manière ! Il mesurait désormais 3 mètres de haut et pouvait ainsi dominer son royaume de toute sa hauteur !

 

 

Faro devint fou furieux. Bien sûr, il intenta un procès aux fées. Mais il le perdit ; le juge décrèta que sa requête n'avait pas été assez claire et il ne pouvait pas se plaindre de ne pas être grand ! Il fut la risée de tous ses sujets et n'osa plus sortir de chez lui, d'autant plus que cela lui était difficile de passer les portes beaucoup trop petites pour lui désormais : il lui fallait presque ramper pour sortir du château et il voyait bien que les gardes se retenaient de rire. Humilié, il jura de se venger des fées. Cela devint une idée fixe et peu à peu un plan germa dans son esprit.

 

 

Un vieux sorcier acariâtre qui n'aimait pas les fées lui avait divulgué que ces dernières se réunissaient au Lac de la Plénitude à la sortie de la ville les nuits de pleine lune. Dans un étrange rituel, elles dansaient autour du lac puis se baignaient en chantant des incantations. Pendant le temps où elles étaient dans l'eau, leurs effets restaient sur la berge sans surveillance. L'idée de Faro était de leur dérober leurs baguettes magiques car ainsi, songeait-il, elles perdraient tous leurs pouvoirs.

 

 

C'est ainsi qu'un soir de pleine lune, quiconque eut été aux abords du château un peu avant minuit, aurait pu voir ramper une ombre gigantesque hors du palais : il s'agissait de Faro qui s'extirpait de sa demeure en cachette pour se rendre au bord du lac.

Le sorcier ne lui avait pas menti et en s'approchant du lieu de la réunion avec mille précautions et à quatre pattes, Faro put entendre le chant des fées et il eut tôt fait de trouver l'endroit où elles avaient abandonné leurs vêtements. Promptement, il subtilisa les baguettes et oubliant toute prudence, il se releva pour partir plus vite. Mais son ombre sous la lumière de la pleine lune atteignit le milieu du lac. Les fées le repérèrent immédiatement et se lancèrent à la poursuite du voleur.

 

 

Le prince se mit à courir àtoutes jambes. Sa grande taille fut à ce moment-là un avantage appréciable et il distança rapidement ses poursuivantes. Comme il se retournait, tout en courant, pour vérifier que les fées s'épuisaient, il ne vit pas le gouffre qui se trouvait devant lui et il tomba dedans. C'était un gouffre réputé sans fond et on ne revit jamais ni le prince Faro ni les baguettes des fées.

Cependant le prince se trompait en pensant que le pouvoir des fées résidait dans leurs baguettes. Elles ne sont que le lien qui relie le monde magique des fées au nôtre et sans elles, les fées nous deviennent tout simplement invisibles. C'est ainsi que depuis ce jour-là, nous ne voyons plus de fée. Pourtant elles sont toujours là tout près de nous et nous écoutent. Elles se mêlent encore de notre vie et parfois interviennent à votre insu.

Tenez, l'autre jour encore, j'étais excédée par mon voisin qui m'avait mis le grappin dessus pour me raconter tous les potins du village. J'ai eu un mal terrible à m'en débarrasser et en partant, j'ai marmonné pour moi-même que j'aimerais bien qu'il devienne muet. Et bien, figurez-vous que depuis une semaine, il a une extinction de voix ! Je soupçonne la Fée Rocité ou la Fée Nomène de m'avoir entendue. Les fées ont l'ouie fineā et j'espère malgrè tout que ce brave homme va retrouver sa voix car je ne lui veux aucun mal !

A l'avenir, je serai plus prudente et même lorsque je serai en colère, j'éviterai de souhaiter de vilaines choses pour mes semblables... Et je vous conseille d'en faire autant ! N'oubliez jamais que les fées sont toujours parmi nous et que même si nous ne pouvons plus les voir elles nous écoutent.

 

 

Offert par Delphine

Pour écrire à Delphine : delphine.gaborit@libertysurf.fr