Il la regardait de loin, elle était assoupie sous l'arbre. Sans faire le moindre bruit il vînt s'installer près d'elle la laissant dormir.

Elle est encore sous  son  arbre !... pensa-t-il. Oui, il pense "encore" parce que dès qu'il fait beau, elle sort souvent s'installer sous cet arbre d'où elle observe tout ce qui se passe alentour, mais surtout ce qui se passe dans le jardin qui l'entoure. Et puis dire "son" arbre, c'est pareil, c'est toujours sous celui-ci précisément qu'elle aime se mettre, et pas un autre. Il est vrai que les autres sont plus petits, et moins généreux en ombrage, mais tout de même leur complicité est l'évidence de ce jardin.

 

 

Par exemple quand il pleut, et qu'il ne fait donc pas beau pour la jeune fille, elle s'installe sous la verrière et regarde le jardin. Elle apprend à déceler chez son ami l'arbre, dans les fleurs à ses pieds comment se dessine leur joie d'être ainsi arrosés, nettoyés. Elle les regarde comme elle regarde les poules se jeter sur les grains lancés par la fermière sa voisine, ou le cheval hennir et venir en galopant quand il sait son avoine dans la main du jeune homme qui l'appelle de l'autre côté du chemin.

Ainsi quand il pleut, elle observe sur son arbre l'écorce qui ruisselle, les mouvements des branches qui résistent au poids de l'eau sur les feuilles, et s'inquiète même des nichées qui y ont élu domicile. Sur les fleurs elle suit la goutte d'eau qui glisse du bout des feuilles, retombe sur une autre et finit par suivre la tige qui la conduit alors jusqu'au sol. Elle imagine après les racines qui se la partagent et lui feront faire le chemin inverse depuis l'intérieur un jour, le beau temps revenu.

 

 

D'autres fois, quand il ne pleut pas et que déjà le matin a bien pris sa place dans la journée, l'arbre qui ne sait pas comment se manifester, arrive toutefois à faire piailler tous les oiseaux qu'il abrite et même pour l'occasion tous ceux du jardin comme pour dire à la jeune fille :

"Il fait beau ce matin et nous ne t'avons pas encore vue!...

 

 

Souvent peu de temps après, elle arrive et les oiseaux alors se taisent. Peut-être était-ce le cas ce matin, puisqu'elle y est maintenant et toujours endormie.

 

 

Voilà pourquoi le petit garçon, quand il parle de cet arbre il dit "son" arbre, mais il en est ravi parce qu'ainsi il sait toujours où la trouver.

Il la regarde paisible dans son sommeil, légèrement allongée. "Mais... Mais qu'est-ce qu'elle a sur le bras ?" dit-il doucement. Intrigué, il avance son visage pour mieux voir et rassuré il dit :

 "Oh ! ce n'est qu'une cossinelle !"

"On dit coccinelle !" lui lance la jeune fille qu'il venait de réveiller pour avoir parler un peu fort.

Je préfère cossinelle‚ c'est plus comme elle. Comme tu dis Toi ça fait un mot de grande personne qui n'aime pas les bêtes des jardins. Je suis sûr qu'une comme tu dis Toi, elle ne serait jamais venu sur ton bras, c'est sûr que celle là c'est une cossinelle, une vraie cossinelle.

"D'accord pour cossinelle ! Il y a longtemps que "Cossinelle" est sur mon bras ?"

"Je ne sais pas, je viens juste d'arriver et elle y était déjà."

Alors tous les deux, se mettent à observer "Cossinelle" qui semble faire une toilette des pieds à la tête, enfin disons des pattes à la tête. De ses toutes petites pattes avant, elle les passent derrière sa tête aux risques de se l'arracher , ou elle la balance à droite, à gauche, une fois, deux fois, et avec ses pattes tire sur ses minuscules antennes...

"Oh ! Regarde dit le petit garçon, elle ouvre sa carapace !" Tu as vu, elle a d'autres ailes dedans, noires et toutes chiffonnées !..."

 

 

En effet de ses pattes arrières "Cossinelle" met un peu d"ordre dans les plis de ses ailes et prend tout son temps, nullement effarouchée par les enfants. Elle arrête enfin sa toilette et commence à remonter sur le bras de la jeune fille.

"Ihihihihi !!!!! Elle te fait des guilis ?" interroge le petit garçon.

Elle lui répond par un grand sourire. Elle sourit en effet, et loin d'avoir quelque crainte à ce que "Cossinelle" arpente son bras, la jeune fille est heureuse de sentir ces minuscules petits pas sur sa peau, caresse inattendue de la petite bête à "Bon Dieu". Elle s'amuse même à voir les difficultés qu'elle rencontre parfois à devoir éviter un poil qu'elle n'a pas l'habitude de voir sur la tige lisse des fleurs et qui se prend dans ses pattes. Pendant ce temps là le petit garçon a arraché dans le jardin un long brin d'herbe.

"Je vais la prendre doucement avec ça et je vais la mettre sur le rosier à côté" dit-il.

 

 

La jeune fille n'a pas même le temps de rouspéter que délicatement son ami a déjà fait glisser "Cossinelle" sur son brin d'herbe et il lui dit :

"Attends, avant de la déposer je vais lui poser la question ! Cossinelle fera-t-il beau demain, Cossinelle fera-t-il beau demain, Cossinelle fera-t-il beau demain, Cossin...

"Mais, dit la jeune fille, tu vas répéter ça longtemps ? Et comment veux-tu qu'elle le sache" rajoute t-elle en riant.

"Chuuut ! Répondit-il doucement tout en continuant sa litanie. Il rajouta encore : "Mais attends, si elle s'envole c'est qu'il fera beau demain, et si elle reste, c'est qu'il ne fera pas beau... Regarde, regarde crie t-il, elle s'envole. "

Lourdement la coccinelle du bout de son brin d'herbe s'envola.

"Elle va même toute seule sur le bouton de rose !..." s'exclama-t-il en la montrant du bout de son index.

Elle fait comme toi quand tu vas directement vers le placard pour aller prendre des biscuits répondit la jeune fille un peu bougonne.

"Pourquoi tu pestouilles ?"

"Je l'aimais bien sur mon bras, c'est tout !"

"Regarde comme ils s'affolent tous les "pouces ronds"! lui dit-il.

"Mais ce ne sont pas des "poucerons" , mais des pucerons !...

"Ah oui, là tu pestouilles et tu recommences exactement comme tout à l'heure ! Tu n'étais pas d'accord pour "Cossinelle", et maintenant tu dis que c'est celui là de mot qui ne va pas. Mais... Mais as-tu déjà regardé de près des "pouces ronds" ? Et à quoi ça ressemble hein ?... A des pouces, et qui sont... ronds ! Voilà pourquoi ça s'appelle comme ça ! D'abord c'est mon grand-père qui me l'a dit .

"Et que sais-tu des pucerons ?" demanda-telle.

"Je ne sais rien sur les "pouces ronds" mais je sais que les cossinelles, elles les mangent. Oh ! pas parce qu'elles ont faim, non... C'est à cause que les roses elles les appellent quand il y en a trop. C'est pour ça qu'elles sont rouges, comme les pompiers avec leurs numzros aussi. D'ailleurs le Bon Dieu quand il a inventé les cossinelles il n'y avait pas encore les chiffres alors il a fait des points noirs sur le rouge. Quand il y a une alerte, il dit : ´  "Trois points et cinq points, vite il faut aller sur le jardin de la Dame... Ou alors sept points vite vite dans le jardin du curé, il faut de belles roses pour Dimanche !"

Même qu'il y en a qui ne sont pas rouges mais jaunes de cossinelles... Ca dépend les pays où elles doivent aller."

"Mais qui t'a raconté tout cela sur les coccinelles... pardon sur les "cossinelles"?  

"C'est mon grand-père, il est jardinier de fleurs."

 

 

"Mais quand on est jardinier, dit-elle on est toujours jardinier de fleurs !"

"Non, ça c'est pas vrai... Parce que au jardin, mon grand-père c'est le jardinier de fleurs et ma grand-mère c'est la jardinière de légumes" répondit-il d'un ton assuré.

La jeune-fille ne pût se retenir et partit dans un grand éclat de rire. "Jardinière... de... légumes !..." reprenait-elle entre deux sursauts.

"Je ne veux même pas savoir pourquoi tu ris dit-il un peu vexé, même que j'ai pas dit de mot spécial. Je ne te dirai plus rien sur les choses des jardins, voilà ! Et puis même je m'en vais" dit-il en bougonnant.

Comme elle riait encore, le petit garçon assis sur l'herbe, allait se lever... Et à ce moment là, "Cossinelle" quitta la rose et revînt se poser sur le bras de la jeune-fille.

Elle cessa de rire, lui interrompit le geste de se lever et se rassit, leurs deux regards se croisèrent doublés d'un sourire complice.

"Tu as vu, Cossinelle elle te préfère à la rose !" dit-il.

En fait, ils n'avaient tout simplement pas entendu le message du Bon Dieu qui disait :

"Alerte Cossinelle, mission de Paix dans le jardin de la jeune fille... Alerte vite !"  

Le soir, le petit garçon ayant quitté son amie la voisine, s'endormit tout heureux de sa journée. Il avait hâte dans son sommeil de se retrouver aux pays des cossinelles... Et les yeux presque clos, il mit dans sa bouche son pouce rond, et s'endormit.

 

 

Conteur de Mots...