C'était un jour d'été, un jour sans école, un mercredi. Une petite fille qui devait avoir à peu près cinq ans, essayait de s'endormir pour faire la sieste que réclamait sa maman. Oh, c'est qu'elle avait bien envie de faire plaisir à sa maman, parce qu'il faisait tellement chaud qu'elle aurait volontiers dormi. Elle était allongée sur son lit mais voilà, c'est que, sur le petit bureau à côté d'elle, il y avait de drôles de bruits qui ressemblaient à un étrange brouhaha et parfois même, elle entendait de minuscules cris.

Elle essayait vainement de hisser son regard au niveau du dessus de la table, mais elle n'arrivait pas à distinguer ce qui pouvait faire ces bruits là. Mais quels étaient donc ses bruits ?

Elle jeta un coup d'oeil sur la poignée de la porte fermée de sa chambre. Elle attendit un instant pour s'assurer que personne n'allait l'ouvrir et soudain, d'un bond elle se leva.

Elle se dirigea tout de suite vers la table bruyante, et quelle ne fût pas sa surprise de voir que les feutres qu'elle avait pourtant laissés dans leur étui plastique étaient tous sortis et étalés. Certains même étaient déjà sur la feuille de papier blanc qu'elle avait posée le matin pour faire un dessin.

"C'est encore mon frère qui ne les a pas rangés !"  soupira-t-elle. Mais très vite elle compris que son frère n'y était pour rien. Sous ses yeux, elle vit deux crayons feutres se disputer (comme le font les feutres) en se donnant des coups de capuchons.

 

 

"Eh bien dit-elle doucement pour qu'on ne l'entende pas au-delà de la porte, que se passe-t-il ? Que sont ces manières de se chamailler ?"

Ils cessèrent immédiatement, surpris d'être surpris.

- Il fait trop chaud, et nous voudrions bien nous rafraîchir un peu. Le feutre jaune prend tout l'ombre du cahier lui dit le feutre vert.

- Ce n'est pas vrai, j'ai demandé au feutre bleu s'il voulait bien me dessiner un trait juste pour me rafraîchir un peu. A peine l'avait-il fait que je m'y suis approché et immédiatement le vert est venu prendre notre place.

- Mais, non je n'y suis pour rien répliqua le feutre vert ! Moi je suis resté bien rangé dans mon capuchon.

- Je vais m'occuper de vous, dit la petite fille sur un ton un peu autoritaire.

Elle ne prit pas le temps de s'installer sur la chaise, et c'est debout qu'elle a commencé à prendre les feutres en mains.

Tout d'abord se dit-elle je vais faire comme la Maîtresse le premier jour de classe sur le tableau, je vais écrire mon nom. Elle enleva délicatement le capuchon du feutre rose et écrit avec application son prénom.

- C'est mon prénom et j'aimerai maintenant que vous vous rangiez un peu.

Elle fût elle-même étonnée de voir les feutres, sans rechigner se ranger sur la table.

 

 

"C'est vrai qu'il fait chaud" pensa-t-elle et de voir les couleurs ainsi pôlir au soleil, elle s'inquiétait pour elles. D'un geste ferme elle décida de faire un dessin pour sauver toutes ces couleurs.

De sa petite main de maîtresse, elle prit le bleu et lui dit : "Toi, viens vite avec moi pour que je dessine un ruisseau, vif et joyeux ; un endroit du ruisseau où son cours s'élargit à peine, juste pour faire une toute petite cascade et une plage pour y jouer."

Les autres couleurs, sautèrent de joie !

"Je veux me baigner !" crièrent ensemble les verts tous différents.

"Pourrai-je venir aussi ?" demanda plus calmement le orange. Quant au rouge il n'avait que sa couleur pour exprimer sa joie et sa timidité.

Très vite les gestes appliqués de la maîtresse petite fille dessinèrent l'eau qui s'écoulait parmi tous les bleus. Des traits dans un sens, et puis d'autres dans un autre sens, donnait à l'eau toute sa vie de ruisseau, même quand plus bas l'eau s'apaise et retrouve les lignes du papier.

Le vert foncé, celui dans le milieu du dessin, n'a pas pu attendre et s'est glissé seul dans la main de la petite fille. Ah ! Qu'il appréciait d'être ainsi au milieu de toute cette eau bleue, et ces cousins de couleurs en faisaient tout autant. La maîtresse des couleurs était toute heureuse de les voir si gaies, même si à sauter ainsi, elles lui éclaboussaient les doigts qui étaient aussi colorés que le dessin.

Le orange lui sautait un peu à l'écart et s'enfonçait en profondeur sous l'eau. On l'apercevait à peine au milieu de tout ce bleu de fraîcheur.

Ah ! Que ce dessin leur faisait du bien. Que leur importait maintenant qu'il fasse si chaud dehors, dans le dessin de la Maîtresse ils étaient si bien. Une belle farandole de couleurs, d'eau et de rires aussi à qui sait les entendre. Toutes les couleurs étaient trempées, et si vous regardez bien le dessin vous verrez que chacune a sur elle trois ou quatre gouttes d'eau.

L'enfant regardait son dessin posé sur la table.

 

 

Elle s'interrogeait : "Même s'il profite aux couleurs ce dessin, il reste encore un peu inutile ?"

Alors la petite fille maîtresse des couleurs et de son coeur chercha dans celui-ci quelqu'un pour qui il chauffait trop et à qui ce dessin aurait été comme un baiser de fraîcheur.

Elle sourit, et ce sourire trahissait qu'elle venait de trouver à qui l' offrir.

Ce que ne savait la petite fille, c'est que la fraîcheur des ces couleurs irait bien au-delà de celles de son coeur , et que c'est pour cela que nous en profitons aussi !

Voilà, cette histoire se termine et j'ai oublié de vous dire comment s'appelle la petite fille maîtresse des couleurs. Elle s'appelle... ah ? Vous le savez déjà ?

Vous avez déjà regardez le dessin ! Oui, c'est bien le prénom écrit en haut du dessin, avec la lettre "L" qui ouvre grand les bras pour que le petit "o" ne tombe pas à l'eau.

 

 

Conteur de Mots...