La journée d'été hésite à tendre au soleil, un ciel bleu ou au contraire le cacher derrière d'épais nuages gris et gonflés d'eau.

A cet instant, le choix était à la pluie. Je me suis fait surprendre par l'averse d'été avec ses gouttes grosses, lourdes et chaudes. En quelques secondes je suis trempé, alors, trempé pour trempé, je continue ma marche sans même presser davantage le pas. Nous ne sommes plus que deux dans la rue, la pluie et moi. Tout le monde, à l'abri se tient caché quelque part.

Je prends alors plaisir à écouter le bruit des grosses gouttes qui s'écrasent sur le sol surchauffé et qui en cadeau leur rend un petit filet de vapeur qui à ras du sol remonte déjà vers le ciel et disparaît très vite.

Mais, au milieu de ce doux chahut des gouttes, je perçois comme une voix d'enfant qui converse. Je prête l'oreille plus attentivement tout en avançant sous la pluie et soudain, j'aperçois dans le petit jardin public une petite fille sous un parapluie à carreaux, elle a les yeux levés au ciel et elle discute. J'étais tellement surpris de voir cette enfant, là, sous la pluie, à converser - Avec qui ? - que je m'arrête de peur de la faire fuir et surtout pour ne rien perdre de ce qu'elle disait :

- Mais non, pourquoi dis-tu cela ? Il y a beaucoup de gens qui t'aiment. De toute façon, on n'est jamais aimé par tout le monde. Il y a toujours des gens qui sont là pour ne pas aimer, mais leur coeur est fait pour aimer quelqu'un d'autre. Il n'y a rien d'inutile sur la terre, et surtout pas un seul coeur d'homme, même si cela ne se voit pas toujours. Alors je sais que toi, et bien on t'aime. Tu vois c'est inutile de pleurer. D'ailleurs, tu triches dis donc !

Comment veux-tu que je fasse la différence entre tes gouttes et tes larmes ?

Je venais seulement maintenant de comprendre que la petite fille parlait en fait avec la pluie.

- L'autre jour, alors qu'il faisait si chaud, continuait-elle, j'ai rencontré une vieille dame à côté du bac à sable, qui me disait : « Alors ma petite, toi tu es faite pour jouer au soleil. Moi quand j'étais petite fille c'était en Normandie, et c'est là-bas que j'ai pris plaisir à aimer la pluie, comme l'herbe verte. Ah ! c'est qu'elle me manque la pluie. »

Petite Mademoiselle de Pluie...

Je n'ai pas osé lui dire que moi aussi j'aimais la pluie, parce que elle sait que je m'appelle Fleur. Mais j'ai bien remarqué que l'arbre sous lequel elle était abritée avait dû écouter la conversation et qu'il étirait loin devant les branches pour lui offrir plus d'ombre. Tu vois il y a au moins une vieille dame et une petite fille qui t'aime !

Profitant de l'occasion que m'offrait leur dialogue, je glissais tout bas à l'eau qui caressait mon visage :

« Et il y a aussi un Monsieur ! »

- Tu sais, reprit la fillette, il y a plein de fleurs qui me disent après la pluie :

« Alors, comment me trouves-tu ? Suis-je belle et propre ? Penches-toi donc pour sentir la fraîcheur que la pluie vient de m'offrir, j'avais si soif sous soleil ! »

Et puis le moineau qui se baigne là-bas dans la petite flaque d'eau voit comme il est heureux ! Lui m'a dit qu'il cachait sous les feuilles de grosses gouttes pour les boire plus tard. Ecoute donc le brouhaha des jeunes escargots qui apprennent à te connaître sur les bancs de leur école en herbe.

Ah ! Je pourrais même rajouter ce que m'a dit un papillon : « J'aime la pluie, car ainsi, je repose mes ailes et dans sa fraîcheur je m'endors. »

Alors que la pluie n'avait pas encore cessé, je la vois se pencher auprès d'un bouquet de fleurs multicolores et lui chuchoter quelque chose. Alors, les fleurs se sont penchées délicatement vers la terre et ainsi la petite fille a pu les couper facilement. Une fois son bouquet composé, toujours sous son parapluie à carreaux, la petite fille dit à la pluie :

« Tiens, c'est pour toi ! »

L'averse fut tellement heureuse qu'elle en sécha ses larmes et ne laissait plus tomber que ses gouttes d'eau. Le soleil avait sans doute entendu cette conversation, car je vis au même instant s'écarter les nuages. Il a sans doute aperçu l'enfant offrir de si belles fleurs et a voulu lui aussi faire un geste envers la pluie. Il demanda à chacun de ses rayons qui rencontraient la pluie de déposer au coeur des chaques gouttes d'eau toutes les couleurs qui composaient le bouquet de la petite fille, et c'est ainsi que d'une goutte à l'autre, s'est dessiné dans le ciel un merveilleux arc en ciel.

Je crois que la pluie sourit, et en remerciement laissa le ciel au soleil.

L'averse était finie, j'avais les yeux accrochés à ce bel arc en ciel que la pluie amenait avec elle. Quand je baissais les yeux pour retrouver la petite fille, elle n'y était plus.

J'entendais seulement des petits pas sur les pavés mouillés et puis sa petite chanson :

« Il pleut, il pleut bergère... »

Oh ! Petite fille qui aime la pluie, Petite Mademoiselle de pluie quelle beau souvenir tu as posé dans mon coeur, et désormais, j'attendrai avec impatience que le ciel s'assombrisse pour que vienne la pluie et son amie avec.

Pourrais-je à mon âge parler encore avec elle ? Si tu as Toi qui lis ce texte, l'âge d'être petite fille écoute donc ce que raconte la pluie, écoute si à toi aussi elle te demande de l'aimer un peu...

Conteur de Mots...