Ce matin là, sur la promenade, faite de planches de bois, qui longe la plage de Cabourg, une petite fille se promène.

Le matin est presque aussi jeune qu'elle, le soleil bas dans le ciel n'a pas encore réchauffé l'air qui se réveille à peine.

La petite fille, un peu triste ce matin, n'a pas envie de poser son regard sur l'horizon. Elle s'arrête... Regarde... Regarde pas très loin. Elle regarde un petit garçon qui joue à l'autre bout du sable, là où il taquine les vagues à grands coups de pied faisant de grandes gerbes d'eau.

 

Ce même matin, sur la plage de Cabourg, un petit enfant, puni pour être trop turbulent, défoule sa colère contre les vagues qui, comme les éducateurs, effacent ses bêtises. Ses bêtises ? Oh ! rien de bien grave sur la plage, seulement de marquer ses pas profondément dans le sable humide. Il s'applique à dessiner, parfaite, l'empreinte de son pied afin que soient marqués chaque orteil, la courbe de la voûte plantaire, le talon fortement appuyé╔ Et à peine pense-t-il avoir réussi que la vague vient recouvrir son ¤uvre et reçoit alors un coup de pied qui la fait éclater en des milliers de gouttelettes. Il court plus avant et recommence jusqu'à ce que la vague recommence aussi, alors un peu plus loin encore se joue le destin de la vague et du coup de pied une nouvelle fois.

 

La petite fille, depuis la promenade a compris leur jeu et sourit. Lui, malgré le bruit des vagues a entendu ce sourire... Et aperçoit la petite fille pas très loin à l'autre bout du sable. Il n'y a personne d'autre sur la plage, ni sur la promenade ; ce ne peut être que d'elle ce sourire entendu.

Alors le petit garçon regarde devant, derrière, à droite à gauche et se met à courir droit dans les vagues. D'un geste prompt il en attrape une et la tire vers le sable .Elle se débat, bouge en tous sens, jette même le petit garçon au sol, mais lui ne lâche pas. Il ne la tient pourtant que d'une seule main, de l'autre il tente de caresser les ondulations nerveuses. Le combat est inégal, il faiblit. Il chuchote alors quelque chose à l'oreille d'écume de la vague, et elle, peu à peu se calme.

Une fois apaisée, il court à toutes enjambées vers l'escalier qui monte à la promenade. Il mouille tout sur son passage, le sable, les marches qu'il monte quatre à quatre, la promenade et surtout la petite fille quand il lui offre la vague.

Les voilà tous les deux à s'asperger d'écume et d'eau, de rire, de taper dans leurs mains toute cette eau joyeuse, de se faire ballotter et chavirer aussi, et ils rient... Ils rient... Ils rient même tant que le petit garçon s'en réveille dans son lit, surpris.

 

La petit fille, elle, tourne les roues de son fauteuil et silencieusement poursuit sa promenade. Elle sourit et regarde l'horizon. Le petit garçon lui a pris son vague à l'âme.

 

Conteur de Mots...